Depuis quelques jours, je me suis lancée à l’assaut de Neige, l’ouvrage du turc Orham Pamuk, récompensé du prix Nobel de littérature il y a peu. Tronant dans ma bibliothèque depuis Noël dernier, je n’avais pas encore osé m’attaquer au pavé. Et puis, il y a eu ce prix, comme un rappel à l’ordre, tombant à pic en cette fin d’automne. La première page m’a paru rude, je me suis accrochée. Et depuis, pour la première fois dans ma vie de lectrice, j’aimerais que le nombre de pages augmente au fil de mon avancée.
Dans l’univers d’Orhan Pamuk, je me sens bien, je me sens en sécurité, malgré l’histoire. Je me sens en confiance, une confiance faite de réflexion autour de la religion, de nos sociétés. Orhan Pamuk, je l’ai découvert en lisant le magazine Lire. Avant d’être un écrivain, il fut ce turc qui avait osé dire tout haut en son territoire que génocide arménien il y avait bien eu. En Turquie, on parle de "soit disant génocide". C’est l’expression exacte. J’ai pu le vérifier auprès de mon ami turc, Serkan. Pour lui, Pamuk est un piètre écrivain et un malfaisant. Pour lui encore, les Français ont beau jeu de s’attaquer à ce drame. Pour lui enfin, nous, les Français, on aime bien donner des leçons, mais nous ferions mieux de dépoussiérer nos cadavres… Orham Pamuk peut être aimé, mais aussi détesté. Orham Pamuk est tout en paradoxe. Avec son physique de prêtre et ses lunettes lui barant le visage, il étonne et il surprend. En tout cas, il a eu le prix Nobel le plus convoité, et ça, personne ne pourra lui enlever.
Neige donc. Neige raconte l’histoire de Ka, turc issu d’un milieu aisé, parti en exil en Allemagne dans sa jeunesse. Ka revient de cet exil. Il revient pour collaborer à un journal stambouliote et raconter un étrange phénomène constaté dans une petite ville turque nommée Kars: là-bas, les jeunes filles voilées se suicident. Etrange phénomène lorsque l’on sait que pour la religion musulmane, le suicide n’a pas lieu d’être. Ka s’interroge sur la passion dévorante de ces jeunes pour Dieu, dans une ville où l’Etat est partout, un Etat qui veut instaurer une laïcité sans borne. Je ne peux pas vous en dire plus pour l’instant.
Pour l’instant, je peux juste vous dire que lorsque j’ouvre l’ouvrage, je me plonge dans la vie de cette petite ville, cotonneuse par cette ambiance de neige. Allez, je vais retrouver Ka, tombé éperdument amoureux d’Ipek, un amour de jeunesse…